L’affaire Dentexia est celle d’un scandale sanitaire en France. Celui des centres dentaires low cost. Voici son histoire.
La majorité des français considère le coût des soins dentaires et leur remboursement par la sécurité sociale comme prioritaires pour lutter contre le renoncement aux soins. Face aux difficultés pour accéder aux soins, des milliers de patients se sont laissés séduire par des centres dentaires low cost. 10 ans plus tard, les victimes dans la tourmente attendent toujours que justice soit faite.
Le scandale dentexia fut le premier du genre et d’autres ont suivi. Si leur modèle est aujourd’hui largement remis en cause et régulièrement sous le feu des projecteurs, la situation évolue péniblement. Malgré plus de 1500 plaintes et un troisième juge d’instruction, il n’est pas certain de pouvoir établir les responsabilités en 2025, regrette Abdel Aouacheria, vice-président de La Dent Bleue, l’association des victimes.
Scandale au centre dentaire en France
Apparus à la fin 2009 sous un étonnant statut d’association à but non lucratif loi 1901, ils n’ont cessé de faire parler d’eux depuis. Les centres dentaires low-cost sont désormais des centaines à casser les prix en France avec des prix défiant toute concurrence.
Certains sont aujourd’hui sous le feu des projecteurs pour leurs dérives. Dentexia, Proxidentaire, Dentexcellans, Dentego, Cilaé, la liste des centres dans le collimateur de la justice s’allonge un peu plus chaque jour…
S’ils ont ouvert en grand nombre au départ avec la bénédiction des autorités sanitaires, la situation à changé depuis le scandale dentexia et ceux qui ont suivi. Plus de 80 établissements sont actuellement sous contrôle de l’Assurance maladie, selon un article de mai 2022 dans le Parisien scandales sanitaires : les centres dentaires sous surveillance. Plus récemment en 2024, la fermeture de tous les centres dentaires Dentifree interroge et relance le débat. Alors, que penser des centres dentaires?
Le drame Dentexia
A l’origine du scandale des centres dentaires, on retrouve le précurseur du low cost dentaire en France : Dentexia.
Pascal Steichen est le créateur de ces centres dentaires low cost. Il en a fait les frais. Sa responsabilité ne fait aucun doute dans la faillite du système low-cost appliqué à la médecine dentaire. Mais l’acharnement dont il fut la cible montre qu’il occupe le rôle idéal de fusible d’un système en dysfonctionnement. Serait-ce le scandale de l’arbre qui cache la forêt?
Problème d’hygiène, malfaçon, sur-facturation, escroquerie, mutilations… les griefs pleuvent à l’égard des centres dentaires Dentexia. Les plaintes des patients laissés sur le carreau se sont accumulées et l’enquête de l’IGAS (Inspection générale des affaires sanitaires) se poursuit. Des centaines de patients sont lésés et mutilés avec des traitements dentaires mal réalisés ou pas terminés, bref un vrai cauchemar chez le dentiste.
Le procès Dentexia aura t-il lieu?
Plus de 10 ans après les faits qui remontent entre 2012 et 2015, l’association La Dent Bleue s’impatiente. Elle se déclarée ” très inquiète quant à la tenue d’un procès dans l’affaire Dentexia ». Les 4000 victimes de la franchise Dentexia liquidée en 2016 regroupés en association pour faire valoir leurs droits avaient reçu une aide exceptionnelle de la part du Ministère de la Santé. C’est une petite victoire pour les victimes Dentexia mais qui reste insuffisante. Car l’instruction judiciaire est au point mort ou presque depuis 8 ans. «
« Et si le procès Dentexia n’avait jamais lieu ? » se demande l’association de victime dans un communiqué d’avril 2024? La Dent bleue espère toujours un procès et les patients victimes continuent à se battre. Début 2025, ils déposent une plainte collective auprès du ministère de la Justice et du tribunal judiciaire de Paris pour tenter de relancer l’enquête.
« Il faut reconnaître la souffrance. Et c’est ça qu’attendent les victimes aujourd’hui, c’est ça. »
Fiasco sanitaire : les victimes dentexia
L’ARS constate de nombreux manquements, notamment concernant les règles fondamentales d’hygiène non respectées dans un centre dentaire dentexia. L’ARS prend alors la décision de suspendre l’activité du centre à bas prix à Lyon, car les patients « s’exposaient à des dangers graves et immédiats de contamination bactérienne». Les fermetures des autres centres ont suivi. Les médias se sont emparés de l’affaire et mis en lumière les graves dysfonctionnements qui ont mené Dentexia à sa liquidation.
Mais le cauchemar continue pour les patients. Ils sont plusieurs milliers à avoir fait les frais de la médecine dentaire low cost en France. Une aide globale de 1,5 millions a bien été débloquée par les autorités, mais elle ne bénéficie malheureusement pas à tous. De plus, elle ne correspond aucune indemnisation des victimes puisqu’elle a été versée aux dentistes acceptant de reprendre les traitements dentaires… Aussi, de nombreux patients victimes des centres attendent encore que soit reconnu « le fait d’avoir souffert, d’avoir été mutilé, abusé, escroqué » pour pouvoir bénéficier d’une prise en charge.
L’apparition des centres dentaires low-cost
Le centre dentaire low cost apparait dans les années 2010. Il répond à un besoin non-satisfait : refaire ses dents pas cher. En effet, le renoncement aux soins dentaires touche près du tiers de la population française. Ces cabinets à prix discount représentent une alternative aux soins dentaires à l’étranger, régulièrement décriés par les syndicats de dentistes. Syndicats dentaires et Conseil de l’Ordre martèlent que des complications sont à prévoir lors de tels déplacements. Bref, il faut à tout prix éviter le tourisme dentaire, clament-ils haut et fort. Mais en soutenant qu’il faut privilégier les dentistes de proximité, ils ont sans le savoir laissé entrer le loup dans la bergerie. La réglementation favorable aux centres dentaires discount finira le travail. Il faudra attendre 2023 et la loi Khattabi pour voir des changements se produire.
« Plutôt que de renoncer aux soins, ou partir nous faire soigner à l’étranger, nous avons été séduits par les prix compétitifs et la proximité de ces centres dentaires d’un genre nouveau, à qui nous avons confié notre santé ainsi que toute notre confiance » déclarait le collectif de patients contre Dentexia, dans une lettre au Ministre de la santé.
La réponse à un besoin dentaire non satisfait
Le dentaire est le parent pauvre du système de soins français. Mis en place en 1945, il n’est plus en phase avec la situation actuelle. La nature a horreur du vide, disait Aristote. Et un besoin non satisfait laisse une place vacante.
Des initiatives sont donc logiquement apparues pour contrer le renoncement aux soins dentaires. Leur objectif est de répondre aux besoins dentaires de la population. Mais souvent, elles relèvent en réalité d’une logique financière et utilisent les méthodes éprouvées dans l’industrie ou la grande distribution pour les appliquer à la médecine dentaire. On appelle cela le modèle dentaire low-cost.
Les soins dentaires pâtissent en premier d’une impossible équation : des coûts élevés et des remboursements insuffisants. En parallèle, le désengagement de l’assurance maladie au profit des complémentaires santé accompagne un mouvement de fond que l’on peut comparer à une ubérisation de la santé.
Une chose est sûre, de profonds changements sont à l’œuvre et l’immobilisme reste de mise. Un immobilisme qui fait grincer des dents face aux nouveaux challenges à relever pour favoriser l’accès aux soins et éradiquer les déserts médicaux.
Scandale Dentexia : à qui la faute?
L’instruction à retenu de nombreux chefs d’accusation à l’encontre des responsables Dentaxia. Pratique commerciale trompeuse et tromperie aggravée ; blanchiment en bande organisée ; banqueroute ; abus de confiance ; abus de biens sociaux ; fraude fiscale ; escroquerie en bande organisée ; exercice illégal de la profession de chirurgien-dentiste ; violences suivies de mutilations ou infirmité permanente ; blessures involontaires ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à trois mois… La liste n’est pas exhaustive.
Si la faute semble clairement établie, le dédommagement reste une question en suspens. « Bien que de nombreux dentistes ont accepté de reprendre des victimes de Dentexia, les chances d’être un jour dédommagés sont minces », déclare le Collectif qui continue de recevoir des messages d’ex-patients souffrant de problèmes non-solutionnés. En définitive, ce sont les patients qui trinquent et paient les pots cassés.
Un scandale aux multiples responsabilités
Derrière cette histoire tragique, c’est aussi une responsabilité collective qui se dessine. Les coûts dentaires trop élevés et un remboursement trop faible pour pouvoir se soigner en sont la cause. Ils poussent les patients à chercher des solutions rendues possibles par une déréglementation qui mal conçue à la base, a peu contrôlée par la suite.
La profession dentaire, peu enclin à la remise en cause, caricature et véhicule des images parfois tronquées et ont pu pousser (bien malgré eux) les candidats aux soins à bas prix vers ces centres low-cost en France.
Le discours rétrograde et partisan qui entoure les soins dentaires en France continue de faire des ravages. Chacun prêche pour sa paroisse et maintient une posture idéologique. Le premier syndicat de dentistes CNSD se prononce face aux abus des dépassements d’honoraires. « Certains dentistes sont obligés d’enfreindre les règles tarifaires parce que sinon, ils ne s’en sortent plus financièrement » déclare t-il. On verserait presque une larme… Les prix ne reflètent pas la réalité, et les actes n’ont pas eu de revalorisation depuis 30 ans déclaraient-ils à l’époque des faits. Certes, mais n’échangeons pas les rôles. Il n’y a qu’une seule victime de ce système : le patient qui cherche à se soigner. Alors que l’accès aux soins est en principe une liberté et un droit inscrit dans la constitution, beaucoup ne peuvent se soigner correctement. C’est là que réside le premier scandale.
Rétablir l’accès aux soins dentaires
La volonté de démocratiser les soins dentaires pour tous est une excellente idée dans son principe. En théorie, cette idée doit déboucher sur un système de prix transparents et accessibles à tous sans compromis sur la sécurité ou l’éthique.
Face aux scandales des centres dentaires low-cost en France, Eurodentaire ré-affirme son attachement à la liberté de choix du patient de son praticien. Et ses principes fondateurs : Sécurité, accessibilité, transparence et respect des droits des patients. Eurodentaire appelle à la responsabilisation des propos tenus par les instances représentatives et la mise en place d’une démarche de certification des opérateurs non-libéraux en France ou en Europe par des instances dédiées, comme y invite la Directive sur les soins transfrontaliers.
Centre dentaire low cost : d’autres scandales à venir?
L’affaire Dentexia continue à faire parler d’elle. Elle constitue un scandale sanitaire sans précédent et encore non résolu en France. Depuis, d’autres centres similaires ont fait l’objet de fermetures. L’Agence régionale de santé (ARS) a enquêté notamment sur les centres Proxidentaire. Elle relève de nombreux manquements sur la qualification du personnel ou les règles d’hygiène. Mais aussi des pratiques illicites et actes de mutilation sur dents saines… « C’est de l’acharnement » se défend le directeur du Centre Proxidentaire accusé de mutilations sur ses patients. Selon lui, les centres dérangent dans la profession. En parallèle, un collectif de d’usagers Proxidentaire en colère s’est constitué pour faire valoir ses droits.
En 2022, 3 dentistes du centre Dentexelans sont mis en examen accusés d’exercice illégal de la profession de chirurgien-dentiste et escroquerie. Après un mois de fermeture, l’établissement d’Orléans à réouvert ses portes, mais reste dans le viseur des autorités. Moins de 3 mois après, un autre centre du groupe est incriminé et 4 dentistes mis en examen à Chartres.
De nombreux centres restent au cœur de scandales sanitaires. Le groupe Cilaé Santé ou le leader Dentego font l’objet d’enquêtes de la part des autorités quant à leurs pratiques. Censés améliorer l’accès aux soins, le centre low cost met en lumière les difficultés de se soigner les dents en France. Ils ouvrent malheureusement sur des dérives dans un secteur qu’il convient de réformer.
6 Commentaires
A la Roche sur Yon, en mai 2024 j’ai consulté un dentiste. Il m’a pris une emprunte numérique de mes dents. Il m’a fait signer un document précisant que je serai pris en charge à 100% par la SS.
Au deuxième rendez-vous il m’a pris en traitre et m’a extrait 15 dents.
But: me vendre des implants!
S’il vous avez eu la même aventure, signalez le moi sur ce site
rendez vous à la base pour un détartrage et un bilan,car deux ans sans pouvoir trouver de dentiste. radio panoramique au premier rendez-vous.detartrage au second enfin! et encore des radios.bilan: il faut arracher plusieurs dents ,suivit de devis pour prothèse 5 différents.3 ème, rendez vous extraction d une dent cassée+ 6 radios et nouveau devis.la dentiste voulait m en retirer une autre parce qu’elle bougeait un peu ,j ai refusé. un morceau de ma dent a été oublié à l extraction,j y retourne demain,avec un autre dentiste, c’est le troisième en quatre rendez vous.je m inquiète quand à la suite, mais comment faire il n y pas de dentiste,ils ne prennent pas de nouveaux patients.je pense que ce centre dentego ou je vais est axé sur les prothèses et non sur des soins propres.
Il n’y a pas que les centres dentaires, des dentistes et chirurgiens dentaires, en France, qui ont pignon sur rue, pratiquent également des soins douteux et vous mutilent à tél point qu’aucun autre chirurgien ne veut prendre la responsabilité de vous traiter. Reste à porter plainte.
Bjr j ai moi même payer 13000e à dentexia.
J ai eu de la chance dans mon malheur j ai eu les implants dont 1 est tomber.
Mais ensuite j ai du repayer 8000e dans un autres centre dentaire car la société entre temps avait été liquidé !!
Résultat en tout plus de 22000e!!
Vive la justice française sa me fait gerber.
J’ai eu le droit à une radio panoramique de « bienvenue » car je n’avais pas encore expliqué pouquoi j’étais là.
Puis après une consultation éclair de 3 min, ils ont voulu me dévitaliser une dent avec couronne dans 6 mois, alors j’ai eu la confirmation de mon dentiste que je n’ai même pas de carie !!!
Cela s’apparente à un sur-traitement : il découle le plus souvent d’une recherche de rentabilité et invite à la plus grande prudence. Dans le doute, demander un second avis avant d’engager une démarche de soin.